Pourquoi vous devriez envisager d’arrêter de travailler votre souplesse ?

Voici, comme promis, le premier article d’une série sur le sujet suite à ma formation FRC (article explicatif) et déjà commencé par Lydie depuis un moment. En faisant ces articles, malgré le fait que ça ne va pas plaire à beaucoup de monde, nous avons comme objectif, avec Lydie, de démystifier le sujet de la souplesse et ramener un peu de sérieux dans la pratique des disciplines gymniques.

Introduction

Une petite analogie pour commencer :
Il fut un temps pas si éloigné où le paradigme de la santé était : les maladies se trouvent dans le sang. La solution proposée pour recouvrer la santé était donc tout naturellement la saignée.
Puis on s’est rendu compte avec l’avancée des instruments médicaux que la maladie n’était pas contenue dans le sang mais causée par des virus et bactéries. Nouveau paradigme, nouvelles pratiques, c’était la naissance de l’antibiotique. Et on est d’accord que bien que ce ne soit pas parfait comme modèle, c’est un peu plus efficace que la saignée.

Pour la souplesse c’est pareil. Avec l’avancée de la science, par exemple grâce à l’électromyographie, nous avons pu prouver que certains concepts enseignés par nos experts sont parfois incomplets voir faux. Malheureusement, les formations d’état sont basées sur ces concepts vieux de 20-30-50 ans… libre à vous d’en tirez vos conclusions.

Pour ce premier article, je ne vais pas trop rentrer dans le technique mais plutôt aborder ce qui me semble prioritaire :
le travail de la souplesse augmente (parfois dramatiquement) le risque de blessures. Allons y gaiement !

Définitions

Souplesse : capacité d’un objet à être plié aisément, sans casser. Synonyme de compliance et contraire de résilience en mécanique. (définition Larousse ici)

La souplesse est par définition passive. Mais comme tout est un peu mélangé, de nos jours on arrive à lire des trucs bizarres comme souplesse active. A ne pas confondre avec étirements actifs (voir cet article de Lydie sur les différents types d’étirement) . Vous préférez être comme un ressort (résilience) ou un spaghetti tout mou (compliance) ?

Mobilité : de ce qui peut se mouvoir ou être mû. (Larousse ici)

Par définition, la mobilité peut être active (se mouvoir demande une force interne) ou passive ( force externe). En anglais on parle de ROM (Range Of Motion, traduite par amplitude de mouvement) active ou passive, ce qui prête moins à confusion.

La mobilité contient la souplesse dans son équation mais n’est pas son synonyme. Confondre contenant et contenu est une erreur humaine classique qui amène systématiquement à la confusion.
Mobilité = Force x souplesse

Ce qui nous intéresse c’est surtout d’être mobile par notre propre force. L’opposé s’appelle être un pantin.

Mobilité Fonctionnelle = Force x Souplesse x Contrôle neurologique
Fonctionnel signifie : qui peut servir une fonction. Sans contrôle une articulation ne sert à rien. Quelle est l’utilité d’un écart latéral s’il ne permet pas plus de mouvement contrôlé ? C’est de la poudre aux yeux, ça fait classe sur insta ou devant les copines dans une figure de Pole… (voir aussi cet article )

Fonctionnement de la souplesse

  1. Lorsqu’on étire un muscle, on augmente sa viscoélasticité et ça nous permet de l’allonger.
    FAUX !
    Les recherches montrent qu’aucun changement réel de longueur du muscle ne se produit. Je ne sais pas d’où vient cette idée farfelue à l’origine selon laquelle un muscle se raccourci ou s’allonge mais c’est maintenant démontré comme faux et depuis bien longtemps même. Comment on le sait ? C’est simple vous prenez deux humains morts avec une longueur de membre identique, l’un est “souple”, l’autre non, vous découpez le bifteck et vous mesurez sa longueur. Résultat : pas de différence significative. La longueur du muscle ne change pas. La viscoélasticité est augmentée, c’est vrai, mais ce changement est de très courte durée et ne permet pas de modifier la longueur du muscle.
  2. Lorsqu’on étire un muscle on augmente sa résistance à l’étirement.
    VRAI !
    En réalité on diminue le seuil de sensibilité du réflexe myotatique. Et c’est ce sur quoi je veux alerter en premier ! La tolérance à la douleur augmente certainement puisque la première fois qu’on s’étire c’est très désagréable puis ça le devient de moins en moins.

Revenons sur : pourquoi c’est dangereux de gagner en souplesse.
Nous avons un système nerveux autonome (SN). Il gère pour nous un nombre incalculable de données, sans qu’on n’ai besoin d’y réfléchir. Il le fait bien mieux que nous (nous en tant qu’intellect) !  Il s’occupe notamment de définir les amplitudes qu’il autorise aux articulations. Cela ne veut pas dire que le muscle ne peut pas s’allonger plus, mais le SN ne l’autorise pas.
Et il se base sur quoi ? Pour faire très simple : sur ce que vous contrôlez, tout le reste vous est interdit car le SN estime que c’est dangereux d’aller là où vous n’avez pas de contrôle et où vos tissus ne sont pas prêts à aller. Il a des millions et même des milliards d’années d’évolution, donc il doit plutôt avoir raison ! Il bloque cet accès par le réflexe myotatique qui est une contraction du muscle pour lutter contre l’allongement. Encore une fois ce n’est pas qu’il est trop court ! La bonne nouvelle c’est que vous avez déjà certainement vos écarts d’un point de vue anatomique !

Et l’étirement c’est quoi ?

On joue sur le réflexe en demandant au système nerveux d’autoriser plus d’amplitude. Au bout d’un moment ce seuil augmente car le système nerveux est logique, il vous donne ce que vous lui demandez souvent. On utilise des méthodes plus ou moins complexes pour ça. On peut feinter encore plus le SN pendant quelques minutes avec des trucs comme le contracté relâché.
Mais vous n’avez en aucun cas maitrisé ces amplitudes (contrôle neurologique) et encore moins préparé vos tissus à produire de la force ! Et si le système nerveux les avaient interdit c’est pas pour rien.

Et puis un jour on fait un écart, on se loupe un peu et tout s’écroule car le système nerveux a une réaction brutale, les muscles se contractent mais comme les tissus ne sont pas suffisamment forts, ça craque.
Autre scénario que je vois de plus en plus fréquemment : des filles ont un super écart, mais bizarrement ça fait mal vers la capsule articulaire. Car les tissus ne se sont pas adaptés encore une fois. Vous avez forcé l’articulation à aller là où elle ne pouvait pas encore aller. L’articulation est comprimée car la capsule est trop courte et ça fait un “pincement” sur certains mouvements (conflit articulaire, voire par exemple conflit sous acromial qui est un grand classique).

Conclusion

Plus la différence entre ROM passive et active est élevée, plus les risques deviennent grands car cela signifie que le système nerveux vous autorise à aller très loin sans aucun contrôle.
A long terme, on va voir un nombre de poleuses faramineux avec des blessures et problèmes articulaires chroniques, car la majorité ne pratique que le passif et les figures sont souvent passives (mises en écart par la gravité).

Les solutions ? Formez vous ou trouvez des praticiens FRC ou approches similaires, pour apprendre à combler ce déficit et préparer votre corps correctement, à moins d’adorer demander de l’aide sur facebook pubmed (blague du Dr Spina que comprendront celles et ceux qui lisent un peu des études). Lien des praticiens FRC ici.
Si vous voulez en savoir plus sur les dernières recherches , nous vous conseillons le livre de Pascal Prevost : La Bible de la preparation physique – Le guide scientifique et pratique.

Si vous avez des questions ou si l’article n’est pas assez clair, signalez le nous pour que l’on puisse rectifier.
Si cet article vous a paru important, partagez-le, il serait dommage de continuer à encourager des pratiques risquées !

Jordan Orset

Jordan Orset

Certifié FRC Mobility Specialist du Dr Andreo Spina, animateur sportif, professeur de Pole Sports.

10 pensées sur “Pourquoi vous devriez envisager d’arrêter de travailler votre souplesse ?

  • 3 juillet 2017 à 11:12
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    Bonjour,
    Je ne m’y connais pas du tout en biologie et je ne suis pas sûre d’avoir tout compris. Mais concrètement, si on est capable de faire un mouvement de façon active, il n’y a pas de problème ? Il vaudrait mieux travailler les écarts en levant les jambes plutôt que d’écraser au sol par exemple?
    Merci!

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    • Jordan Orset
      3 juillet 2017 à 19:11
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      Bonjour Alexa,
      Il est tout à fait possible de travailler les écarts en s’écrasant au sol, le problème c’est que lorsque c’est fait de manière traditionnelle, les gains sont uniquement passifs, il est donc impossible de décoller. Les protocoles que nous utilisons pour à la fois gagner en amplitude mais aussi renforcer les tissus et acquérir plus de contrôle neurologique sont beaucoup plus complexes que ça. On peut tout à fait les utiliser sur la position “écrasement”.
      Sur votre exemple, il faudrait combiner les 2 approches (s’écraser et décoller) pour réduire au maximum le déficit entre amplitude passive et active. Ce serait un bon début et ce sera long et fastidieux 😀
      par contre cela ne permettra pas aux tissus de se renforcer et incomplet au niveau contrôle.
      Est ce que c’est plus clair?

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      • 3 juillet 2017 à 19:40
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        Oui merci! Votre site est très intéressant, car en tant qu’amateur n’ayant ni le temps ni l’argent pour se former, on peut quand même avoir des informations utiles 🙂

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  • 3 juillet 2017 à 20:47
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    Bonsoir,
    Merci pour cet article mais je ne comprends pas bien ce qu’il faut faire pour gagner en mobilité ? Avez-vous des exemples d’exercices pour mieux visualiser ?

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    • Jordan Orset
      6 juillet 2017 à 08:33
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      Bonjour Amélie,

      merci pour cette question.
      En effet l’article n’aborde pas encore le sujet du comment on fait, mais posait les bases pour les articles futurs qui je l’espère éclairciront ce point.
      Il y a plusieurs réponses possibles à cette question en fonction de là où tu te trouves actuellement.

      cas 1 :tu as déjà les amplitudes nécessaires en passif
      il faut combler le déficit passif/actif. N’importe quel exercice est bon à prendre du moment qu’il te demande d’aller aussi loin que possible musculairement. Exemple : les flexions de hanches des danseuses classiques à la barre.
      Il y a des moyens plus ou moins safe et rapides de faire ça.
      Il faut aussi permettre à tes muscles de forcer dans des grandes amplitudes et dans toutes les directions, c’est un réel travail de musculation sous forme d’étirement. et pour finir demander des taches plus complexes à ton système nerveux dans ces amplitudes.
      exemple: tu te mets en flexion de hanche activement au maximum, tu te mets sur un support à cette amplitude (ou partenaire). En isométrie ( donc aucun mouvement ne doit se produire), tu effectues une poussée progressive dans le sens opposé de l’étirement jusqu’à ton maximum. Tu vas chercher 15° plus loin et tu recommences…On appelle ça de l’isométrie positionnelle.

      Cas 2: tu n’as pas encore l’amplitude passive
      dans ce cas tu fera progresser les 2 en même temps. Par exemple pour les ischio jambiers, après une phase d’étirement passif, tu ferai une contraction isométrique allant jusqu’à ton maximum. puis ensuite tu chercherai à aller plus loin dans l’étirement en activement les muscles agonistes en allant jusqu’à ton maximum. ça s’appelle des PAIL’S RAIL’S dans le système FRC mais je te déconseille vivement d’apprendre ça en autodidacte par internet au risque de te blesser inutilement. Je parle d’expérience personnelle.

      J’espère que c’est pas trop compliqué comme explication.

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  • 3 juillet 2017 à 22:57
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    Bonjour je voudrais savoir je n’ai jamais pratiqué de gymnastique et ni dance, mais beaucoup de musculation où j’ai toujours travailler tout les muscles du corps et en particulier les adducteurs et toujours étirement après, je pratique en à côté la pole dance, et ma grande surprise j’ai met 3 écarts et sans l’échauffement et aucune douleurs des 3 et sur le facial je peux mettre tout mon corps au sol dos très plat et genoux en extérieur, mais je reconnais que je travaille beaucoup avec le mental, ma question je fais partie des personnes très souple ou mon mental et pour cette réussite 🤔🤗merci de votre réponse!!!

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    • Jordan Orset
      6 juillet 2017 à 08:15
      Permalink

      Bonjour Muriel,

      Il est difficile de répondre à cette question.

      Ce qui peut être intéressant de vérifier c’est la différence d’amplitude entre passif et actif, car si ce déficit est important le risque de blessure augmente aussi.
      Pour exemple sur l’écrasement en écart, est-ce qu’il t’est possible de te fermer en te tenant assise (donc en fléchissant les hanches activement à l’inverse de se fermer à l’aide de la gravité). Ou encore sans aide extérieure (barre, bras, gravité…) t’est-il possible de te mettre dans tes écarts, par exemple en étant suspendu à des anneaux?
      Si ce n’est pas le cas, il serait préférable de mettre l’accent sur cette partie dorénavant.
      Le mental est une aide précieuse pour le gain d’amplitude articulaire puisque l’on peut agir sur le système nerveux avec des pratiques comme la méditation, hypnose etc…
      Mais attention car le mental n’augmente pas la résilience des tissus, seul un entrainement physique spécifique le fait.

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  • 4 juillet 2017 à 08:00
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    Super intéressant ! Merci !
    C’est quoi un praticien “FRC” ?

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  • Ping : Comment améliorer votre mobilité et limiter la souplesse inutile – Le Blog Pole Sports System

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